Et voici les clefs d’un lieu proustien...


Dans un entretien récent, Nathalie Mauriac Dyer (chercheuse admirable qui consacre son énergie à partager ses connaissances, à transmettre, se mettant rarement en avant) explique sa façon de procéder Par cercles concentriques. Vous travaillez sur quelque chose et puis vous trouvez autre chose, et vous revenez à une autre. Quand j’ai tous les morceaux, d’un seul coup, ça se met en place.(1)

 

Cette description peut s’appliquer ici aussi. Oui, d’un seul coup, tout se révèle enfin, tout se met en place.

 

Voici le résultat de recherches qui permettent de mieux comprendre l’huile sur toile Beach Tides réalisée par “Elstir” (Thomas-Alexander Harrison) en 1895. Cette toile méconnue est souvent décrite comme la représentation d’un coin de Bretagne.

 

Il faut contextualiser l’œuvre pour la décrypter.

 

La peinture n’est pas dans le domaine de la photographie ; elle exprime des formes, des couleurs et de la lumière ; c’est le reflet de la vision du peintre. Néanmoins, ici, la physionomie du paysage de Beach Tides (Les marées de la plage) montre des aspects très particuliers, tels un cordon littoral, des bancs de sable, des goulets de marée... et dans le Beg-Meil de cette époque, chacun de ces aspects ont existé dans la même forme et avec la même orientation, mais ils ont disparu depuis longtemps. Notre regard ne reconnait pas ce paysage des temps anciens. Il faut regarder avec les yeux de Thomas-Alexander Harrison ; il faut remonter le temps.

 

Il est indispensable de s’appuyer sur les documents d’époque et par un phénomène de correspondance, les archives topographiques anciennes se confondent avec les photographies modernes prises depuis le ciel. De nombreuses similitudes apparaissent et ce monde se révèle à nous. Les écrits de Marcel Proust et de Reynaldo Hahn achèvent de nous convaincre.

 

Les époques se répondent et l’œuvre de Harrison n’est plus le vague écho du souvenir d’un autre monde.

 

À l’issue de la lecture de cet article et en complément, vous trouverez une présentation spécialement réalisée pour un visionnage plein écran.

Philippe Dupont-Mouchet, mars 2021.

 

1 : Entretien avec la chercheuse Nathalie Mauriac Dyer, descendante des Proust, paru dans Libération, n° 12375, page 37 (27 mars 2021).

 

Beach Tides (Marées de la plage). Huile sur toile de Thomas-Alexander Harrison, Beg-Meil, 1895.

 

Harrison a été l’inspirateur de Proust, le modèle d’Elstir. Cette marine, genre favori du peintre, d’ailleurs peu présent dans les musées français, représentant une baie de Bretagne à marée basse, est d’une haute qualité et rappellera à tous à la fois la vie et l’œuvre celui pour qui la peinture a tant compté.

Jean-Yves Tadié, biographe, mars 2021.

 

La Société des Amis de Marcel Proust organise une souscription pour acquérir ce tableau. Cette œuvre est destinée à enrichir les collections du Musée Marcel Proust. Cette acquisition bénéficie du soutien du Fonds du patrimoine (Ministère de la Culture), la souscription ayant pour objet de couvrir tout ou partie du solde restant à la charge de l’association. IMPORTANT : chaque don fera l’objet d’un reçu permettant une déduction fiscale. Plus d’informations en cliquant : >ICI<

 

Beg-Meil, la capsule temporelle des peintres et des écrivains

 


Thomas-Alexander Harrison.

 

Thomas-Alexander Harrison (1853-1930) est un peintre d’origine américaine. Il arrive à Paris en 1879 pour étudier à l’École des Beaux-Arts. Comme de nombreux peintres de cette époque, il se rend en Cornouaille. Il séjourne à Pont-Aven et à Concarneau. Un autre lieu très apprécié des artistes est le village de Beg-Meil dont les deux petits hôtels reçoivent surtout des peintres (et leurs élèves), des musiciens et des écrivains.

 


Beg-Meil, la terrasse de l’hôtel Fermon et La Cale.

 

Beg-Meil, c’est une nature souriante, une physionomie admirable. On rêve devant l’océan. Le sable immaculé et la parfaite transparence de l’eau forment un miroir bleu comme une topaze. C’est la fantaisie d’une végétation luxuriante et sauvage, la douceur d’un climat exceptionnellement tempéré, un littoral agréablement varié composé de criques offrant le refuge pour les marins et de grandes plages orientées plein sud. De l’aurore au crépuscule, les dunes reçoivent les caresses du soleil. Elles sont couvertes d’ajoncs, de bruyères et de chardons brûlés par la puissante luminosité des rayons qui l’éclairent. Les talus boisés de chênes et de châtaigniers bordent des chemins creux en formant une charmille qui nous invite à la découverte d’un pays discret. En s’éloignant de la terre de sel, les rivages cèdent la place aux prairies. Au détour d’un carrefour, des vergers de pommiers puis des clairières humides bordées de saules, de carex et de salicaires. La vie animale y est paisible. Ici un cheval, là un couple de colverts et un héron cendré. Plus loin, les marais aux plans d’eau frangés de roseaux où vivent des papillons blancs. On s’étourdit de ces sublimes promenades dans le beau décor de cette nature enchanteresse. Le soir, de retour sur la plage, les gravelots dansent un ballet parfaitement synchrone. Ce sont les heures des délicates ambiances des fins de jour et les mille nuances qui diversifient le spectacle de cette heure mystérieuse. Vient alors l’infinie douceur du coucher du soleil. Une harmonie reposante propice à la création.(1)

 

1 : Philippe Dupont-Mouchet, Il était une fois Beg-Meil, préambule, La campagne à la mer, la mer à la campagne.

 


Beg-Meil, l’hôtel Fermon, 1897.

 

Les personnalités qui découvrent Beg-Meil au cours du XIXème siècle partagent des impressions qui font écho à celles de Marcel Proust et de Thomas-Alexander Harrison.

 

Le poète Saint-Pol-Roux séjourne à l’hôtel Fermon en octobre 1890.(1) Il cherche la tranquillité, loin des richesses et des ambitions parisiennes qu’il rejette. Beg-Meil lui procure ces sensations : Dans cette vertu, le cœur se demande pourquoi la haine et la débauche des villes ! Je me sens l’âme d’une jeune fille. Mon enfance me visite – en robe blanche – et j’oublie avoir souffert – devant ce réceptacle de larmes immortelles : l’océan. C’est que durant le voyage, tant de croix m’ont béni du haut des naïfs clochers : ces forges du temps !(2)

 

Il passe de charmes en charmes.(3) Comme les peintres, il rêve devant le tableau vivant de Beg-Meil : Enfin une saison exquise. Le soleil sourit et conseille : grande bonne abeille de la vie. Sur l’immensité glauque un rythme de romance pour âme. À la vesprée, là-bas, de rares hameaux se divulguent par leurs lumières : grappes de lampes copiant les grappes d'étoiles. C’est peu mais c’est tout.(4)

 

On remarque aussi les descriptions que Gustave Flaubert consigne dans son carnet de voyage en juin 1847 : une des plus charmantes baies qu’il y ait. Elle s’avance dans les terres entre deux coteaux boisés dont les arbres descendant jusqu’en bas trempent dans les flots le bout de leur feuillage qui retombe en touffes diffuses, avec des courbes molles comme font les saules sur les bords des rivières.(5)

 

1 : Après ce séjour Saint-Pol-Roux s’installe définitivement dans le Finistère et conserve cette maxime : Je suis inflexible comme le menhir de Beg-Meil. / Lettre de Saint-Pol-Roux à Pierre Decourcelle, Paris, 18 mars 1891.

2 : Lettre de Saint-Pol-Roux à Gabriel Randon, Beg-Meil, 3 octobre 1890.

3 : Lettre de Saint-Pol-Roux à Gabriel Randon, Beg-Meil, 19 octobre 1890.

4 : Lettre de Saint-Pol-Roux à Gabriel Randon, Beg-Meil, 11 octobre 1890.

5 : Note du carnet de Gustave Flaubert, La Forêt, 13 juin et Fouesnant, 14 juin 1847.

 


Marcel Proust photographié par Otto Wegener, été 1895 (retouche photographique : Philippe Dupont-Mouchet).

 

Comme ses illustres prédécesseurs, Thomas-Alexander Harrison est envouté par ses promenades dans la splendeur begmeilloise ; ce petit village de Cornouaille réjouit son âme et devient le centre de gravité de son œuvre. Il y passe l’essentiel de sa vie. Il loge à l’Hôtel Fermon et loue un atelier en planches à la ferme de Kerengrimen.(1)

 

1 : Témoignage de Andrée Caudrelier (fille du propriétaire de la ferme de Kerengrimen, André Bénac), rencontrée par Philip Kolb en 1959 dans sa propriété de Ker-Ar-Menec’h / publié dans Saggi e ricerche di letteratura francese, volume 4, Philip Kolb : Historique du premier roman de Proust, page 227 - Universita di Pisa / Bottega d’Erasmo, Torino (1963).

 


Beg-Meil, la ferme de Kerengrimen, vers 1906.

 

Harrison est l’une des principales sources d’inspiration de Marcel Proust pour la création du personnage du peintre Elstir dans À la recherche du temps perdu, c’est pourquoi nous retrouvons le souvenir de cet atelier dans les pages du roman : Naturellement, ce qu’il avait dans son atelier, ce n’était guère que des marines prises ici, à Balbec.(1) Mais j’y pouvais discerner que le charme de chacune consistait en une sorte de métamorphose des choses représentées, analogue à celle qu’en poésie on nomme métaphore et que si Dieu le père avait créé les choses en les nommant, c’est en leur ôtant leur nom, ou en leur en donnant un autre qu’Elstir les recréait.(2)

 

1 : Beg-Meil, parfois rédigé Bec-Meil par Marcel Proust, sert en partie d’inspiration à la création de Balbec.

2 : À la recherche du temps perdu, tome II, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, deuxième partie, Noms de pays : Le pays.

 


Reynaldo Hahn, 1895, portrait réalisé par Philippe Dupont-Mouchet.

 

En 1895, Marcel Proust et le musicien Reynaldo Hahn font un long séjour à Beg-Meil. Sur ce pays qui fait le bonheur des peintres, Hahn écrit des impressions semblables à ce qu’on peut observer sur les toiles de Harrison : je n’ai jamais rien vu d’approchant un peu les couchers de soleil que nous contemplons tous les soirs. Nous avons eu successivement la mer rouge sang, violette, nacrée d’argent, d’or, blanche, vert émeraude, et hier nous avons pu voir, éblouis, grâce au généreux soleil, la mer entièrement rose, couverte de voiles bleues.(1)

 

Des aspects picturaux que Marcel Proust vante à un autre peintre, Albert Aublet : Comme vous vous plairiez ici ! […]. D’un côté il y a la mer, très bretonne et triste. De l’autre la baie de Concarneau [baie de La Forêt], qui est bleue avec un fond de décor tout à fait lac de Genève. Ce triple aspect vous ravirait et vous nous raviriez par des croquis vivants.(2)

 

À l’époque du séjour de Marcel Proust et de Reynaldo Hahn, Thomas-Alexander Harrison a déjà acquis une place importante dans le paysage artistique de Cornouaille ; il connait un grand succès. Lorsque l’écrivain et le musicien apprennent que le peintre réputé est l’un des pensionnaires de leur hôtel et qu’il prend ses repas dans la même salle à manger qu’eux, ils vont à sa rencontre. Reynaldo Hahn écrit : Un peintre de grand talent, Harrison passe ici neuf mois de chaque année, depuis dix-sept ans, sans s’en fatiguer.(3) […] tant il trouve ce pays divin. – Nous avons d’ailleurs fait sa connaissance.(4)

 

1 : Lettre de Reynaldo Hahn à Federico de Madrazo, Beg-Meil, 27 septembre 1895.

2 : Lettre de Marcel Proust à Albert Aublet, Beg-Meil, 11 septembre 1895.

3 : Reynaldo Hahn, loco citato.

4 : Lettre de Reynaldo Hahn à Madeleine Lemaire, Beg-Meil, octobre 1895.

 


Marcel Proust photographié par Otto Wegener, été 1895 (retouche photographique : Philippe Dupont-Mouchet).

 

Nous retrouvons l’épisode de cette rencontre de deux fervents admirateurs(1) et de l’artiste transposé dans la préface de Jean Santeuil ; Harrison apparait dans le roman sous les traits d’un écrivain(2) : [j’appris] que l’une des personnes qui s’asseyaient non loin de nous à une des grandes tables, et que, je dois l’avouer à ma honte, je n’avais jamais beaucoup remarquée, était C., l’écrivain vivant que quelques-uns de mes amis et moi nous placions avant tous les autres. […] Enfin C. rentra. Nous étions prêts à nous lever ; mais non, c’était pour prendre un cigare. Mais à un mouvement tournant qu’il fît ensuite, nous comprîmes qu’il venait à nous. Nous [ne] nous consultâmes pas, nous nous levâmes et nous allâmes au-devant de lui. […] Nous l’interrogeâmes sur tout ce qui nous tenait alors le plus à cœur, particulièrement sur le pays où nous étions. Il nous donna le désir de le trouver beau et nous disant qu’il l’aimait. Nous lui arrachâmes des noms de sites qui devinrent des buts de promenades, presque de pèlerinages, et, quand il disait trouver quelque chose de charmant, quelque épithète plus précise qui, en nous donnant la raison d’un goût qui avait à nos yeux tant de prestige, donnait aux sympathies pour mille choses qu’il éveillait en nous d’un mot sincère, quelque chose de plus défini.(3)

 

1 : Jean Santeuil, préface.

2 : Parfois métamorphosé en écrivain dans Jean Santeuil, Thomas-Alexander Harrison retrouve les traits du peintre dans À la recherche du temps perdu (Elstir).

3 : Opus citatum.

 


Un ravissant effet de soleil par Harrison, manuscrit autographe de Marcel Proust.

 

Comme dans ce texte, Marcel Proust et Reynaldo Hahn demandent des indications de lieux à visiter et confient à Thomas-Alexander Harrison leur désir de s’exposer à la nature sauvage sous la tempête. Harrison leur conseille de faire une promenade à Penmarc’h et visiter la Pointe du Raz.

 

Cette excursion inspire quelques-unes des plus belles pages de Jean Santeuil où nous trouvons aussi la description d’une toile de Harrison vue par Marcel Proust à Penmarc’h : Un ravissant effet de soleil par Harrison – toile qu’il avait donnée à l’hôte en quittant Penmarc’h et où, par le pouvoir qu’ont la tendresse et le talent, le peintre montrait ce pays à celui qui ne le connaissait pas encore avec tout ce que révèle seulement à la longue un attachement de tous les instants, une sympathie qui doit nous suivre après l’avoir quitté et comme le jour du souvenir – fut touché par le soleil qui, venant jouer avec son image, porta à une intensité inconnue la lumière visible dans cette toile.(1)

 

Reynaldo Hahn commente leur aventure : Nous avons été à Penmarc’h, pour voir une mer tumultueuse, nous l’avons vue ! Nous vous dirons la beauté terrible de ce lieu désolé et les sensations que nous y avons eues.(2)

 

1 : Jean Santeuil, chapitre Beg-Meil.

2 : Lettre de Reynaldo Hahn à Suzette Lemaire, Beg-Meil, 20 octobre 1895.

 


Ce lieu véritablement sublime, manuscrit autographe de Marcel Proust.

 

Thomas-Alexander Harrison ne se fatigue pas des couleurs qu’offre Beg-Meil au coucher du soleil, sur les bords ce lac de Genève fantastique(1) guère fréquenté que par quelques peintres qui toute la journée se promènent sur la mer ou peignent à des lieus.(2)

 

Il parcourt la lande et les dunes pour admirer ces couleurs et les fixer sur la toile, ce que Marcel Proust note dans son roman : À force de l’interroger et d’interroger les autres sur lui, nous avions fini par savoir quand il travaillait. Il marchait longtemps dans les falaises, montant toujours, s’exaltant sans doute de plus en plus de ses pensées, car d’en bas nous le voyions aller de plus en plus vite, courir, secouer la tête, jusqu’à ce qu’il arrivât à la petite maison d’un gardien de phare(3) dans un endroit où il ne passe jamais personne. Et là, dans ce lieu véritablement sublime il examinait le vol des oiseaux qui passaient sur la mer, écoutant le vent, regardant le ciel, à la façon des anciens augures, non comme un présage de l’avenir, mais plutôt, à ce que j’ai compris, comme ressouvenir du passé : car des gouttes de pluie qui commençaient à tomber, un rayon de soleil qui reparaissait, suffisaient à lui rappeler des automnes pluvieux, des étés ensoleillés, des époques entières de sa vie, des heures obscures de son âme qui s’éclaircissent alors, à l’enivrer de souvenir et de poésie. Alors, que de fois, cachés avec mon ami, nous l’avons aperçu. Il semblait regarder en face quelque chose qu’il ne comprenait pas bien. Et tout son corps par une suite de mouvements forts et délicats, surtout des mains qui se fermaient fortement pendant qu’il levait la tête, semblait imiter les efforts de sa pensée. Puis tout d’un coup il paraissait joyeux,(4)

 

1 : Jean Santeuil, préface.

2 : Ibidem, chapitre Beg-Meil.

3 : La maison de gardien du sémaphore.

4 : Opus citatum, préface.

 


Marcel Proust photographié par Otto Wegener, été 1895 (retouche photographique : Philippe Dupont-Mouchet).

 

Lorsqu’il ne se trouve pas à Beg-Meil, Thomas-Alexander Harrison retourne à son atelier parisien.

 

En juillet 1897, Marcel Proust et Reynaldo Hahn racontent leur séjour en Bretagne méridionale à la cousine du musicien, Marie Nordlinger-Riefstahl. Ils souhaitent illustrer leur propos par une visite dans le studio parisien du peintre : Marcel et Reynaldo m’ont tous deux dit beaucoup de choses sur leur séjour inoubliable en Bretagne […]. Reynaldo a demandé à Alexander Harrison de nous permettre de lui rendre visite dans son studio de Paris, rue Campagne Première.(1)

 

Thomas-Alexander Harrison répond à la demande de Reynaldo Hahn : Mon cher Hahn, je m’empresse de vous répondre et de vous assurer que j’aurai le plus vif plaisir à vous voir avec votre cousine. Venez n’importe quel vendredi après trois heures – si possible demain –, vendredi est mon “jour” pour ceux qui ne craignent pas le long trajet. Mes meilleurs souvenirs pour vous et pour Proust et mes hommages à Miss Nordlinger. Sincèrement à vous.(2)

 

Marie Nordlinger-Riefstahl commente la visite du vendredi 30 juillet : Il nous a montré d’innombrables toiles et dessins, notamment la mer et les couchers de soleils de Beg-Meil.(3)

 

1 : Témoignage de Marie Nordlinger-Riefstahl datant de 1956, à propos de la visite du 30 juillet 1897 dans le studio du peintre Thomas-Alexander Harrison / publié dans le catalogue Marcel Proust, 1871-1922. An exhibition of manuscripts, books, pictures and photographs, pages 25-26, n° 89 - Whitworth Art Gallery, Manchester (1956).

2 : Lettre de Thomas-Alexander Harrison à Reynaldo Hahn, Paris, peu avant le 30 juillet 1897.

3 : Marie Nordlinger-Riefstahl, loco citato.

 

Le champ de vision du peintre et l’évolution de la topographie depuis le XIXème siècle

 

Voici les éléments qui éclairent le lieu qui figure sur la toile de Harrison : Beg-Meil.

 

Par endroits, la topographie a évolué. Au XXème siècle, dans la partie située de la pointe de Beg-Meil à la pointe de Mousterlin on opère des travaux d’endigage des marais et de la lagune par l’obturation d’une partie des dunes. Pour ce faire, on referme la lagune en prolongeant le cordon littoral jusqu’aux terres pour empêcher la mer d’y pénétrer, puis, par assèchement, on transforme toute la zone en polder. Ce que nous voyons aujourd’hui comme des dunes est la survivance du cordon littoral, la mer n’entrant plus dans l’arrière-pays. Pour comprendre l’évolution de cette partie de la côte, il faut considérer que les terres se sont avancées vers la mer ; par exemple, dans le secteur de Kerambigorn (connu des touristes et des résidents), le bord de la côte se situait 250 mètres vers l’arrière.

 


Beg-Meil, plage de Kermyl, vers 1909.

 

Les documents topographiques présentés ci-après illustrent ces évolutions.

 

On remarque les nombreux points de correspondance entre la toile de Harrison et les documents anciens.

 

Les annotations permettent de retrouver des aspects très particuliers tels un banc de sable à forme triangulaire, le goulet de marée et son tracé, le cordon littoral ouvert à l’est, le banc de sable devant la pointe du sémaphore, la présence de trois bâtiments sur cette pointe…

 

Le champ de vision du peintre est indiqué par une zone colorée en jaune.

 


Beg-Meil de nos jours
depuis l’ensablement du XXème siècle et la création du polder

Photographie satellite de l’Institut national de l’information géographique et forestière (source: www.geoportail.gouv.fr)


Beg-Meil vers 1820-1866
Carte de l’état-major (source: www.geoportail.gouv.fr)


Beg-Meil vers 1840-1848
Carte de l’Institut national de l’information géographique et forestière (source: www.geoportail.gouv.fr)

 

Beg-Meil en 1840

Cadastre (détail) - Géomètres : Ridel (Beg-Meil), Mathieu (Kerbader), Grillat (Mousterlin) (source: www.archives.finistere.fr)

 

Beg-Meil après 1850

Modifications de la lagune par la prolongation vers l’est du cordon littoral
Carte de l’état-major - archives de la défense à Vincennes (source: www.beg-meil.fr)

 

Beg-Meil en 1899
Modifications de la lagune par la fermeture du goulet vers l’est
en faisant la jonction du cordon littoral vers Kerlosquen (Kermyl)
Carte de Jean Kernéis (source: www.gallica.bnf.fr)

 

Beg-Meil en 1903-1904
Carte du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine – SHOM (remerciements: Renan Clorennec)

 

Beg-Meil en 1927

Le lagune est en cours d’assèchement et on constate son ensablement
Photothèque nationale (source: www.sextant.ifremer.fr) / remerciements à Renan Clorennec

 

Un peu d’histoire : chronique de certains projets de modification du paysage


Préambule – Ecologie, environnement, patrimoine et urbanisme.

 

Voici les extraits d’une chronique inachevée et envisagée comme l’un des textes dans mon livre Il était une fois Beg-Meil. Ce texte trouve ici quelque utilité puisqu’il permet de comprendre certaines modifications du paysage survenues au XIXème siècle.

 

Depuis un siècle, les fouesnantais veillent sur leur patrimoine. Le rapport de force entre les décideurs et les résidents créé les conditions pour que les nouvelles constructions s’intègrent mieux dans le paysage. Ailleurs, le bitume et le béton défigurent les côtes.

 

Dans cette chronique, vous découvrez quelques tentatives de modification du paysage et le rapport des forces en présence entre 1914 et 1982. Ces projets de modification des marais à Mousterlin et à Beg-Meil (première étape d’un projet de construction d’un Beg-Meil 2) ont longtemps été considérés très discutables. Certains disent que ce fût à l’unique profit du promoteur et pour mieux exercer son influence.

 

Je ne partage pas les avis de certains de mes amis au pays. Au cours de mon travail de recherches sur Marcel Proust, j’ai compris que cet homme dont Marcel Proust dit qu’il est « le plus vieil ami de mes parents(1) » n’est connu qu’a la défaveur de certains faits, souvent déformés par un long cheminement de la parole.

 

Dans cette histoire très particulière des marais de Mousterlin et de Beg-Meil, –‘le promoteur’– n’apparait pas de façon avantageuse. Si nous voulons regarder l’histoire en face, nous ne pouvons éluder ces épisodes, cependant, il ne faudrait pas juger cet homme sur ces seuls faits. Il a aussi au cours de sa vie œuvré pour le développement économique de Fouesnant. Sa personnalité est beaucoup plus nuancée que l’impression qui pourrait résulter de cette seule chronique. Mon avis est que cet homme est digne d’intérêt.

 

Pour ne pas alimenter l’opprobre parfois jetée sur –‘le promoteur’– et pour ne pas faire tort à ses descendants, qui ne sont pas responsables de cette histoire particulière, le nom de cet homme –‘le promoteur’– n’est pas cité ici.

 

1 : Lettre de Marcel Proust à Madame Nahmias, 29 septembre 1919.

 


Beg-Meil, le promontoire du sémaphore, l'amer maçonné peint en blanc, en complément des deux autres amers
qui sont les menhiers peints en blanc, de façon à créer un alignement particulier utile pour la navigation, vers 1895-1898.

 

1914-1982 – Un “Beg-Meil 2” : le projet fait long feu

 

Maryvonne Quéméré-Jaouen (présidente de l’Association pour la sauvegarde du Pays fouesnantais / A.S.P.F.) écrit en 1972 : « Les Fouesnantais partagent volontiers les charmes de leur pays avec les Quimpérois, qui sont nombreux à y posséder une villa et viennent toute l’année y passer les fins de semaine, et avec les estivants qui viennent passer leurs vacances à l’hôtel – ceux-ci sont nombreux et très cotés – au village de vacances, en camping ou en location meublée. […] Le tourisme lorsqu’il a des proportions raisonnables est un heureux facteur de développement économique, mais lorsqu’il dépasse la mesure et devient démentiel, il déséquilibre la vie locale, porte atteinte à l’environnement, en détruisant sa propre substance. Il fait surtout l’affaire des promoteurs dont l’intérêt est de réaliser de grosses opérations immobilières, même s’il faut pour cela détruire irrémédiablement un environnement exceptionnel, dont ils se soucient fort peu, et endetter pour de longues années les communes qui s’y prêtent.(1) »

 

Le journaliste Serge Duigou écrit en 1973 : « Fouesnant […] charme prenant, fruit d’une végétation touffue, d’un climat exceptionnellement tempéré, d’un littoral curieusement découpé et agréablement varié. C’est encore le pays où la campagne rencontre la mer sans ce mur de béton et de bitume qui s’étire d’année en année davantage le long de nos côtes ; bien souvent les chemins y sont restés creux, les haies vives, les routes vagabondes et buissonnières. Le terroir de Fouesnant fait figure de privilégié parce qu’encore préservé, on devrait dire épargné.(2) […] Il s’agit en effet de savoir si, une fois encore, les puissances financières, et elles sont nombreuses derrière le promoteur, avec la complicité de notables locaux, parviendront à dénaturer un pays malgré l’opposition de ceux qui y vivent ou qui viennent y trouver ce qui a disparu ailleurs : une certaine qualité des formes naturelles, une luxuriance de la végétation, une virginité d’un rivage qui allie la sauvagerie à la douceur.(3) »

 

1 : Maryvonne Quéméré-Jaouen : Création de l’Association pour la sauvegarde du Pays fouesnantais, premières réflexions, propositions et contestations sur les projets d’aménagement - Archives de l’A.S.P.F. (mai 1972) + Il y a 40 ans, se créait à Fouesnant une association de protection de l’environnement - Bulletin Foën Izella, n° 40, pages 60-64 (décembre 2012).

2 : Serge Duigou : Péril à Fouesnant (Sud-Finistère) - Sites et Monuments - Revue de la société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France, n° 61, page 60 (janvier-février-mars 1973).

3 : Ibidem, page 62.

 


Beg-Meil, la plage de La Cale, vers 1895-1898.

 

L’affaire débute en 1914, lorsque ‘le promoteur’ propose au Préfet d’organiser des travaux de modification à Mousterlin incluant la réfection de la cale ainsi que l’obturation d’une partie des dunes afin d’empêcher la mer de pénétrer dans les marais pour transformer ces dunes et les marais attenants en terres cultivables. Son argument : il avance les frais. En 1920, le Conseil Général (dont ‘le promoteur’ était vice-Président) vote un crédit pour la réalisation d’une digue de protection des dunes en question. En 1924, ‘le promoteur’ sollicite auprès du Préfet la concession de 128 hectares des marais de Fouesnant à Mousterlin (derrière les dunes reliant la pointe de Mousterlin à Beg-Meil). La mairie déclenche une consultation publique. En 1925, suite à la consultation publique, le conseil municipal et le Ministère des travaux publics donnent un avis favorable. Le 8 septembre, le directeur de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer écrit au Préfet du Finistère : « Il ne faut pas oublier en effet que le déplacement continuel de l’émissaire des marais constitue une grave menace pour la propriété du ‘promoteur’, lequel serait dans l’obligation en tout hypothèse d’entreprendre, à bref délai, des travaux de protection onéreux. Par suite, les digues à construire devant avoir pour conséquence la protection efficace de sa propriété [seule la propriété du ‘promoteur’, située à la Pointe de Mousterlin, nécessitait des travaux de protection], ‘le promoteur’ a un double intérêt à voir aboutir sa demande(1) ». ‘Le promoteur’ se défend : « Je poursuis une œuvre d’intérêt général et non une spéculation sur les terrains.(2) » Le directeur de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer propose de demander au ‘promoteur’ 70000 Francs pour les 128 hectares au lieu des 8720 Francs estimés par les Ponts et Chaussées du Finistère, il ajoute : « Ce prix doit être considéré comme un minimum au-dessous duquel il parait difficile de descendre.(3) » Néanmoins, en 1926, la Préfecture et le Président du conseil Raymond Poincaré donnent au ‘promoteur’ leur accord à la concession de ces marais pour un montant de 8720 Francs.

 

 1 : Péril à Fouesnant - Bulletin Foën Izella, n° 41, page 76 (juin 2013).

 2 : Alain Faujas : Fouesnant sans ses marais restera-t-il Fouesnant ? - Le Monde, 18 novembre 1972.

 3 : Bulletin Foën Izella - loco citatum.

 


Beg-Meil, la plage de Kermyl, vers 1909.

 

En 1973, dans sa correspondance avec Jacques de Sacy (président de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France), Maryvonne Quéméré-Jaouen (présidente de l’A.S.P.F.) revient sur les conditions de l’accord de 1926 : « la municipalité de Fouesnant, dans sa sagesse, n’avait pas voulu en 1926, prendre à sa charge des travaux d’assèchement et d’endigage du domaine public maritime, qu’elle jugeait onéreux, aléatoires, sans utilité par rapport au coût et même néfastes, puisque ce domaine dans son état naturel était la providence de ses administrés, qui y trouvaient un abri pour leurs bateaux (toute la flottille de Mousterlin en particulier) ; un lieu de pêche particulièrement riche et abrité, utilisable par tous les temps, intéressant à marée haute comme à marée basse : des pâturages communs gratuits, d’où le nom de “pal meur” (le grand pâturage) ; un libre accès à tous les cultivateurs pour aller à la grève, à marée basse, prendre les goémons réputés et très abondants en ces lieux. Bien sûr, aux grandes marées d’équinoxe, il arrivait que la mer sorte de son domaine et s’étale un peu sur les champs riverains, mais elle laissait en se retirant de magnifiques cadeaux, et les fouesnantais, dont le maire lui-même [Corentin Keroulin], aiment à raconter les pêches miraculeuses qu’on y faisait. Les enfants dans le chenal apprenaient à godiller. C’était un lieu béni de vie communautaire.(1) »

 

De 1928 à 1930, des travaux mettent en place des digues, une écluse, un aqueduc… La mer n’entre plus dans les terres et les 128 hectares de la concession sont transformés en polder. Le plan d’eau voisin du Letty disparait à jamais.

 

En 1928, ‘le promoteur’ voit plus grand et veut étendre son projet sur 3 kilomètres de côtes à Beg-Meil. Une nouvelle consultation est menée pour une concession qui concerne les dunes et les marais de Beg-Meil (jusqu’aux sites de Kerbader, de Coat Clevarec, du Vorlen et de Kerlosquen). C’est à ce moment-là que le vent tourne pour le promoteur, puisque la population locale fait vivement savoir sa désapprobation. Le journal Ouest Éclair résume la situation : « La question des dunes de Beg-Meil : Où l’on voit comment, après s'être fait concéder les lagunes situées derrière les dunes, [‘le promoteur’], conseiller général et financier notoire, voudrait s'emparer des dunes elles-mêmes... Mais les habitants ne se laissent pas faire.(2) » D’une part, la population se considère trahie, puisque la consultation ne fait état que de Mousterlin (elle omet Beg-Meil pourtant inclus dans le projet), d’autre part, elle considère qu’il s’agit d’une tentative de spoliation du bien public (qui deviendrait privé, avec servitude de passage). S’organise alors une pétition signée par 73 personnes (long réquisitoire des riverains, marins pêcheurs, hôteliers et fermiers), adressée au Préfet du Finistère le 2 janvier. Suite aux protestations, ‘le promoteur’ jugea préférable d’abandonner ce nouveau projet de concession sur toute la dune. Le 18 janvier, par une lettre adressée au Préfet du Finistère, ‘le promoteur’ tente de calmer la vive émotion causée par ses projets : « Tous les terrains qui ne sont pas cadastrés (50 hectares) seront remis par moi à la commune de Fouesnant pour en faire des pâturages publics.(3) » Dans sa lettre adressée à Jacques de Sacy en 1973, Maryvonne Quéméré-Jaouen rectifie : « Ceci n’a jamais été fait et les paysans qui, avant 1926, jouissaient de ces pâturages salés, publics et gratuits, durent, par la suite, payer des loyers au ‘promoteur’ pour pouvoir y faire paître leurs troupeaux.(4) »

 

1  : Ibidem.

2  : Alain Faujas - loco citatum.

3  : Bulletin Foën Izella - loco citatum.

4  : Ibidem.

 


Beg-Meil, le personnel du Grand Hôtel à La Cale.

 

Le bras de fer entre les Begmeillois et les héritiers du ‘promoteur’ reste vif jusque dans les années 1970, puisque l’héritier du ‘promoteur’ doit entrer définitivement en possession des terrains en 1976 et envisage l’édification d’un Beg-Meil 2 sur une dizaine d’hectares de marais et de dunes, avec tous les équipements et l’infrastructure nécessaires à une opération de grand standing axée « sur un tourisme excessif et envahissant, hors de proportion avec les possibilités d’accueil de la commune.(1) » En avril 1971, la commission du Plan d’Occupation des Sols (P.O.S.) composée d’élus municipaux, des ingénieurs de l’Équipement et de représentants de groupements socioprofessionnels étudie le nouveau plan. Le conseil municipal approuve, devant l’exaltante perspective de rivaliser avec Concarneau, Port-la-Forêt et Bénodet. En 1972, le maire Louis le Calvez organise des séances d’information les 28 mars, 4 avril et 7 avril. La contestation du public est très vive, le désaccord majeur porte sur le projet d’urbanisation des marais de Kerlosquen, Kerambigorn et Vorlenn (12 hectares, constructions mitoyennes pouvant atteindre 15 mètres de hauteur et occupation de la dune). De cette contestation nait l’Association pour la sauvegarde du Pays fouesnantais (A.S.P.F.), qui fait circuler une pétition hostile au projet et recueille plus de quatre mille signatures. À cette époque, les défenseurs de l’environnement sont peu nombreux. Ils trouvent du soutien dans les déclarations du Ministre délégué chargé de la Protection de la nature et de l'Environnement, Robert Poujade : « Ce qui est à mes yeux le scandale des scandales c’est de construire sur le domaine public maritime, sur ce que l’on appelle les concessions à charge d’endigage ; c’est une charge qui n’est peut-être pas très lourde pour les promoteurs, mais qui est fort lourde pour la collectivité, quand on considère les dommages qu’elle engendre.(2) » Le directeur du laboratoire de biologie marine de Concarneau, sous-directeur au Collège de France dénonce la nocivité inhérente à cette opération : « Les marais littoraux dont les zones les plus productives du globe terrestre… Il est prouvé que la suppression de ces zones de marais conduit à la raréfaction du poisson sur de larges étendues… Les projets actuels constituent une erreur et compromettent gravement le développement réel et bien compris de cette commune. L’avenir de cette région ne doit certainement pas nécessairement passer par l’accaparement du littoral à des fins immobilières. Trop d’opérations de ce type ont lieu actuellement sur les côtes bretonnes, aboutissant à un saccage systématique et à un détournement au profit de quelques-uns du patrimoine collectif. Il importe que tous ceux qui se sentent quelque peu responsables s’élèvent contre un tel scandale.(3) » Parmi les opposants, Barbara Bertrand, présidente du Syndicat d’initiative manifeste son complet désaccord, « tant au sujet des marais que de l’infrastructure routière de raccordement et de pénétration qui va éventrer le bocage circumvoisin et transformer un lieu où le pittoresque naît de la fantaisie et de l’imprévu en géométrique prairie américaine.(4) » La section locale de la Fédération départementale des exploitants agricoles (F.D.S.E.A.) estime « qu’au vu du non-respect de clauses dont a été accompagnée la concession (assainissement et assèchement) de la coupable tolérance de l’administration au moment de l’opération, les marais doivent revenir à la collectivité et être classés “zone non ædificandi”.(5) »

 

 1 : Maryvonne Quéméré-Jaouen - loco citatum.

 2 : Ibidem.

 3 : Serge Duigou - loco citatum, page 61.

 4 : Ibidem, page 62.

 5 : Ibidem.

 


Beg-Meil, le menhir, vers 1930.

 

Maryvonne Quéméré-Jaouen explique : « Ce projet, en contradiction avec les vœux de toutes les sociétés de protection de la nature, et avec les paroles qui venaient d’être prodiguées par les présentateurs eux-mêmes, parut à l’assistance un comble de mépris de la part de ses auteurs : mépris des directives gouvernementales, mépris de la volonté de la population. […] Les marais de Beg-Meil, magnifique espace littoral, refuge des oiseaux, s’étendent à l’arrière des dunes de Kerlosquen à Mousterlin sur 128 hectares et font l’objet d’une concession d’endigage accordée en 1926. Il est nécessaire que ceux qui ont à décider de ce qui doit être fait soient mis en face de leurs responsabilités : la mer peut toujours vouloir reprendre ce qui lui a appartenu. […] Il convient de dénoncer dès à présent la hâte avec laquelle les promoteurs cherchent à réaliser de vastes opérations immobilières sur ces marais concédés à charge d’endigage, avant qu’une loi sur l’environnement, que l’on espère prochaine, ne les en empêche : il est choquant d’ailleurs de constater qu’ils s’abritent derrière un masque d’“amis de la nature” pour mieux la saccager. Il serait souhaitable d’ailleurs que ces espaces redeviennent, à perpétuité, le bien de la collectivité, comme avant 1926.(1) »

 

Une conscience environnementale centenaire. Ce pays sanctuarisé que nous aimons est le fruit de la lutte menée par des femmes et des hommes, de leur conscience environnementale. Depuis 1982, les marais de Mousterlin et de Beg-Meil sont protégés par le Conservatoire du littoral et gérés par la commune de Fouesnant.

 

Comme l’écrit Serge Duigou dans son article de 1973 : « Dommage que Marcel Proust – qui a fréquenté Beg-Meil en compagnie de son ami Reynaldo Hahn – ne soit plus là, car on peut penser qu’il eût croqué et incorporé dans sa Recherche les promoteurs et leurs alliés, comme il a immortalisé les importants qu’il a connus sous les traits des fidèles du clan Verdurin.(2) »

 

1 : Maryvonne Quéméré-Jaouen - loco citatum.

2 : Serge Duigou - loco citatum, page 62.

 

Pour aller plus loin :


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Article FranceInfo/France3 (Vanessa Boulares) : cliquez >ICI<

 

Les sirènes et les tritons de Beg-Meil offrent le livre Marcel Proust à Beg-Meil
à la première dame de France : cliquez >ICI<

 

Thomas-Alexander Harrison. Huile sur toile de Cecilia Beaux.
Musée des Beaux-Arts de Virginie à Richmond.
Le tableau porte l’inscription : À Alexander Harrison, Cecilia Beaux, Concarneau*, 1888. (* Près de Beg-Meil, dans la baie de La Forêt)

 

 

© Philippe Dupont-Mouchet, 2021

 

 

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